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Avant-propos
Dans
la Bible, en somme, l’histoire de l’homme -
pensée
par Dieu -
s’enroule autour d’un "devenir" qui a
commencé par une chute, et s’achèvera
dans une
rédemption totale. Ainsi, la créature humaine,
formée et créée tout
à la fois, est
invitée à entrer dans une longue marche qui doit
déboucher sur
une finalité qui est Christ lui-même,
le Christ de l’univers bien sûr, "en qui et
pour qui sont
toutes choses" (1),
comme
l’écrira l’apôtre Paul. Un
Christ qui a
dépassé la nature humaine pour ouvrir les portes
de la
perfection à l’homme.
La
longue marche, pour l’homme, débouchera dans la
poursuite
d’une
chimère insaisissable, car il sera toujours
tenté de rechercher son identité et
de s’affirmer.
En effet, après avoir pleinement
réalisé
qu’il ne fait qu’aboutir à
une projection de
lui-même - qu’il s’agisse du fruit de sa
perception
intellectuelle de l’Univers ou de ce qu’il croit
être
sa perception de Dieu à
travers ses religions - il n’a
plus d’autre choix : ou il perpétue cette
vanité
en
décrivant un autre cercle qui le ramènera tout
aussi
inexorablement au
point de départ, ou il constate son
impuissance à atteindre le réel et crie, de
tout son
être, vers celui qui l’interpelle au fond
même de ce
gouffre. Le sens
de cette vanité et de ce vide est
d’amener l’homme au seul point de
rencontre possible entre
Dieu et lui, c’est-à-dire à une croix,
la croix du
Christ, point de rencontre et de mise à mort de toutes les
illusions, chimères
et vanités du monde. C’est
là que le Christ cosmique, devenu homme,
rencontre l’homme
fait pour devenir fils de Dieu. Ainsi, lorsque l’homme
érige
la "vanité" en dieu, non seulement il se soustrait
à la lumière relative du
message que délivre cette
vanité, mais il entre dans l’obscurité
totale de
l’adoration de lui-même. Là
réside le drame
de la chute : l’homme s’adore lui-
même, à
travers ce qu’il pensera être la
vérité
intégrale, c’est-à-dire le
monde issu de ses
perceptions, qu’il s’agisse du rationnel de ses
interprétations intellectuelles ou de la mystique de ses
interprétations
religieuses ou artistiques.
L’un des symptômes les plus directs de cette
auto-adoration
est
l’éblouissement qui frappe l’homme quand
il
donne tête baissée dans cette
contrefaçon de
liberté qui le grise. Pensez donc! II se découvre
dieu,
il
réalise la puissance mise à sa disposition
lorsqu’il utilise son don de
"percevoir" d’une façon
logique les mécanismes subtils du visible!
L’Univers
semble lui appartenir. Pourquoi se refréner, se restreindre
dans
l’utilisation de
cette puissance ? II réalise certes
l’importance vitale de rester dans les
"limites de
l’épure", c’est-à-dire de
préserver
les équilibres délicats de son
environnement, mais il ne
sait plus s’arrêter. Comment peut-il maintenir ces
équilibres, alors qu’il est lui-même
"déséquilibré" dans le sens le plus
profond
du
terme, c’est-à-dire "aliéné"
par la perte de
sa faculté de discerner qu’il a
une dimension spirituelle,
une dimension d’éternité ? Mais
déséquilibré,
surtout, parce qu’il a perdu
la "source" de cette vie spirituelle. Se rend-il
seulement compte que,
coupé de cette communion profonde avec son
Créateur,
aveuglé quant au sens de la création et de son
devenir,
il ne peut
que détruire cet environnement à long terme du
fait que, tout simplement,
son environnement interne -
c’est-à-dire son âme - est
aliéné et
malade ?
Une source d’eau amère, parce que
polluée,
ne peut fournir de l’eau douce,
et par la même, pollue tout
ce qu’elle irrigue. La science sans conscience qui
en
résulte finira, à long terme, par
s’ériger
en fossoyeur de l’aventure
humaine.
Est-il surprenant alors que la société, et
surtout notre
jeunesse, se sente
prise d’angoisse existentielle ? Tout ce
qu’on propose à l’homme pour le sortir
du bourbier
créé par une science sans conscience,
c’est encore
plus de
science! Ce cercle vicieux, c’est aussi une forme de la
"vanité des
vanités" (2).
Alors certains se jettent dans la violence, le rejet passif, ou
l’apathie, ce qui n’arrange en rien le devenir de
notre
société... L’angoisse
réelle derrière
la controverse des centrales nucléaires par exemple,
au-delà
de la question des déchets ou de la
sûreté des réacteurs, semble
être
précisément alimentée par la
découverte
progressive que nos priorités sont
dans le désordre! La
croissance économique ne peut ni ne doit être
maintenue
à n’importe quel prix! Les besoins
énergétiques croissants des
pays industrialisés ne
traduisent pas nécessairement une forme de santé
économique, mais plutôt une maladie, une
cécité profonde qui empêche de
voir et
d’accepter la vérité fondamentale,
à savoir
que "l’homme ne vivra pas
de pain seulement" (3)
mais de la
Parole de la vraie vie,
désaliénée, en
communion avec Dieu, la Parole qui
seule restaure l’ordre des priorités.
Cette cécité, c’est aussi la
vanité
suprême. Cependant, l’homme
contemporain peut, à la
lumière crue d’un éclair de simple bon
sens, se
rendre compte de ce déséquilibre dans ses
priorités et ressentir, au plus
profond de lui-même, les
affres d’une certaine nostalgie, celle de
l’équilibre
approprié à son devenir en Dieu!
II comprend alors qu’il n’a pas le pouvoir de
revenir dans
cette marge d’équilibre avec, simplement, un peu
plus de
science. Et c’est en cela, dans cette constatation
fondamentale,
qu’il est
ramené à la croisée des chemins,
de laquelle il était parti en prenant la
mauvaise direction. Ce
constat nous place devant la réalité de la croix,
que
l’incarné-Jésus-Christ, le Fils de Dieu
devenu
homme, transforme en victoire,
en une porte d’entrée dans
l’équilibre, l’équilibre de
la
véritable identité de
l’homme et de ses vraies
priorités. Cette victoire sur la mort, paradoxe
étonnant
du triomphe de la vie de Dieu en Christ, s’exprimera par la
puissance de la résurrection au matin de Pâques.
Là réside le choix décisif! Si
l’homme, qui
constate son impuissance
intrinsèque et en entrevoit les
conséquences sur son avenir, écoute et
reçoit la
Bonne Nouvelle, alors la vie de Christ entre dans la tombe de son
être, éclairant d’une lumière
vive le
mensonge absolu qui l’avait piégé, et
que
les
puissances d’obscurité avaient bâti sur
la
"vanité des vanités", comme
pour la dissimuler.
L’homme est en mesure d’entrer dans sa vraie
dimension
en
effectuant un demi-tour radical, parce qu’il accepte enfin de
se
faire
connaître de celui qui est venu à lui.
Voilà
tout ce que la victoire de la croix
rend enfin possible. La croix
n’est pas seulement un remède, ni un palliatif,
aux
conséquences de la chute! Non, c’est aussi la voie
préétablie dès avant
la fondation du monde!
C’est la seule porte de sortie de
l’aliénation
spirituelle
(qui a entraîné toutes les autres) et
c’est la seule porte d’entrée dans la
normalité de la création,
c’est-à-dire dans
ce devenir qui débouchera sur la
perfection, à la
consommation des temps et de l’histoire.
Si
l’homme, en conséquence de son choix
éclairé, assume pleinement
cette mort à
lui-même déjà
réalisée sur la croix,
sans arrière-pensée, sans
compromis avec la vanité
et ses illusions, alors tout devient possible; il n’est
pas trop
tard, car tel le fils prodigue qu’il est, l’homme
"rentre
enfin en lui-
même" et peut, de ce fait, acquérir une
identité nouvelle - sa normalité -
celle que Dieu lui
offre. II n’est pas trop tard, pour que la lumière
prévale
contre les ténèbres, même et surtout
à l’ère d’un
progrès technologique
sans
précédent. Cette lumière peut et doit
percer
les ténèbres d’une science sans
conscience.
Serge
Tarassenko
(1) Romains 11:36
(2) L’Ecclésiaste 1:2
(3) Deutéronome 8:3
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